Le Mwami Ntare Rugamba, dont la nécropole repose sur la colline Muganza dans la commune de Muruta, demeure l’une des figures les plus marquantes de l’histoire du Burundi. Par des conquêtes, il est le père du Burundi moderne eut égard aux frontière qu’il a doté à la nation. Parvenu au trône à la fin du XVIIIe siècle, il régna jusqu’en 1852, laissant une empreinte indélébile sur le territoire, l’organisation politique et l’identité nationale burundaise. Dans le livre « Etude de la mise en valeur culturelle, historique et touristique des tombeaux royaux du Burundi en commune Muruta, province de Kayanza », Emile Mworoha nous trace les grandes lignes de la vie de ce monarque Burundais.
Un règne marqué par l’expansion territoriale
Dès le début de son règne, Ntare Rugamba engagea le royaume dans une dynamique d’expansion territoriale sans précédent. Grâce à ses conquêtes, il doubla la superficie du Burundi, lui donnant des frontières qui se rapprochent de celles que nous connaissons aujourd’hui. Ce roi valeureux, surnommé Rugamba pour sa bravoure, et aussi Rutaganzwa, « l’invincible », mena des campagnes victorieuses, notamment dans le Nord-Est, où il conquit le Bugesera, alors sous contrôle des Bahondogo. Ce territoire fut ensuite partagé avec le Rwanda, la frontière étant fixée sur les lacs Cohoha et Rweru. Rugamba s’illustra également par sa prise de Kibamba, la capitale du Bugesera, forçant Nsoro Nyabarega à fuir vers l’île de Cohoha. Ses guerres contre le Rwanda, en particulier contre le roi Yuhi Gahindiro, témoignent de sa détermination à défendre les nouvelles frontières du royaume.
Les conquêtes du Nord et de l’Ouest
Dans le Nord, les victoires burundaises contre les armées rwandaises à Kirundo furent si sanglantes que le nom même de la localité changea, tiré de l’agrégat des cadavres rwandais. En parallèle, deux autres régions — le Buyogoma et l’Imbo — furent incorporées au royaume. Le Buyogoma, appartenant alors au royaume du Buyungu dirigé par Ruhaga, fut annexé après un conflit diplomatique lié à un refus de mariage. Ntare Rugamba, souhaitant épouser la belle princesse Jururyakugwa, reçut à la place une fille de rang modeste. Outré, il lança une offensive et annexa la région, soutenu par les clans des Bakundo et des Bashoka.
L’Imbo, quant à lui, entra dans l’orbite burundaise à la suite d’expéditions dans la région du Bushi. Ntare y épousa Nyamvura, mère de Gihinamusango, lui-même père de Kirima, futur chef du Nkiko Mugamba. Ne parvenant pas à dominer complètement le Bushi, le souverain installa néanmoins un ordre burundais dans l’Imbo, consolidant ainsi sa mainmise sur l’Ouest. Il organisa également un territoire de part et d’autre de la rivière Ruzizi, confié aux chefs Ntororwe et Kinyoni du clan des Banyakarama.
L’appui d’une armée puissante et d’un devin visionnaire
L’annexion du Bugufi au nord marqua l’ultime étape de ses conquêtes. Ces campagnes, appuyées par une armée d’élite appelée les Batezi, furent aussi guidées par le célèbre devin Ndwano ya Runyota rwa Nyamigogo. Ce dernier, considéré comme l’un des plus grands abapfumu de la tradition burundaise, aurait prédit l’arrivée de camions, appelés « greniers ambulants », et de routes, les « lianes » encerclant le pays.
Une politique royale réformatrice
Mais Ntare Rugamba ne fut pas uniquement un conquérant. Son règne est également synonyme d’innovations politiques. Il instaura une formation politique et militaire pour les jeunes princes, les préparant à assumer des fonctions de pouvoir. Il initia la pratique du placement des princes dans les régions périphériques pour mieux contrôler le territoire, et créa des domaines royaux (ivyibare) comme celui de Muranvya, directement administrés par la monarchie.
La fin d’un règne historique
Affaibli par la maladie du pian, Ntare Rugamba mourut à Mugera en 1852. Son corps fut transféré au Nkiko Mugamba, mais ses funérailles furent célébrées à Muganza, où sa nécropole est toujours conservée avec révérence par les Banyange. Sa vision, sa stratégie et son autorité ont permis de poser les fondements du Burundi moderne. Le souvenir de son règne perdure comme celui d’un roi à la fois bâtisseur, guerrier et réformateur.
