Lors d’une conférence de presse animée par le Centre pour la promotion de l’information et du développement (CEPID), ce 9 février 2026, la question des menaces liées à l’exercice du métier de journaliste au Burundi a été soulevée. Pourtant, en 2022, le président burundais avait déclaré : « Jamais sans les médias ». C’était lors d’une rencontre avec les professionnels des médias consacrée au rôle de ces derniers dans le développement, la sauvegarde de la cohésion sociale et la protection des droits de l’homme.
Malgré ce message du chef de l’État, le paysage médiatique burundais en 2025 s’est caractérisé par des agressions, des cas de torture et des détentions de certains journalistes, en raison de l’exercice de ce métier jugé délicat, notamment par ceux qui ne souhaitent pas voir dénoncés certains actes nuisibles servant leurs intérêts.
Un appel à la communication peu suivi d’effets
Une attention particulière a également été portée aux cadres qui ne communiquent pas avec les médias. En décembre 2025, Évariste Ndayishimiye a tenu une rencontre avec les professionnels des médias et les cadres de l’État afin de les sensibiliser à l’importance de la communication pour une meilleure collaboration avec cet intermédiaire entre le pouvoir et les citoyens. Un appel peut-être entendu par certains responsables, mais dont les effets restent peu visibles sur le terrain.
Silence des autorités face aux violations
Le CEPID déplore l’absence de réaction des autorités compétentes face aux violations commises à l’encontre des journalistes. Il regrette notamment la non-réaction suite aux faits ayant visé le journaliste Willy Kwizera. Le 28 avril 2025, des étudiants de l’Université du Burundi ont arrêté et maltraité Willy Kwizera, journaliste à la radio indépendante Bonesha FM, alors qu’il réalisait un reportage sur la vie des étudiants de cette université publique.
Après cette violation de ses droits, il aurait été contraint de signer un procès-verbal l’accusant de trouble à l’ordre public et de collusion avec des activistes opérant à l’étranger. Patrick Niyonkuru a signalé que, hormis le Conseil national de la communication (CNC) et le rectorat de l’Université du Burundi, qui ont nié ou minimisé les faits, aucune autre réaction n’a été enregistrée de la part des autorités compétentes.
Parallèlement, huit responsables de médias nationaux ont publié, le 3 mai 2025, un communiqué conjoint dénonçant les violences faites aux journalistes, exprimant ainsi leur vive préoccupation face à la dégradation des conditions d’exercice de leur métier.
Des cas de détention préoccupants
Le CEPID a également relevé des cas jugés particulièrement préoccupants. Il a cité celui de la journaliste Sandra Muhoza, en détention prolongée depuis son arrestation en avril 2024, accusée d’« atteinte à l’intégrité territoriale ». Son arrestation ferait suite à des échanges dans un groupe WhatsApp réunissant certains journalistes, où elle avait commenté une information en discussion. Elle demeure en détention à ce jour.
C’est une arrestation s’ajoutant au cas de Floriane Irangabiye, journaliste arrêtée en 2022 et libérée en août 2024 à la faveur d’une grâce présidentielle. Le CEPID évoque également le cas de Kenny Claude Nduwimana, journaliste toujours en prison alors qu’il aurait déjà purgé sa peine.
Ces situations interviennent alors que la presse comme radios, médias en ligne et blogs demeure la principale source d’information pour la population, tant pour ceux vivant au Burundi que pour la diaspora et la communauté internationale.
