Aujourd’hui, la médecine moderne évolue dans de nombreux pays africains, mais la question de savoir comment se passaient les accouchements jadis peut toujours subsister sur les lèvres de beaucoup de personnes.
« Umwakirizi », est une figure emblèmatique burundaise, portrait de la sage-femme notoirement connue à l’échelle planétaire, elle fut le berceau qui permit à beaucoup de voir le jour. Ces femmes étaient assidûment présentes, prêtes à aider malgré leur manque de moyens professionnels. Tout le monde les connaissait. Le jour de l’accouchement, on envoyait quelqu’un dire à l’accoucheuse qu’il était temps, que les premières eaux commençaient à couler.
Contrairement à une sage-femme officiellement connue qui fait partie des professionnels de la santé, et qui suis une grossesse jusqu’à l’accouchement, ‘’Umwakirizi’’ a seulement un grand rôle lors de la naissance. Malgré le manque des méthodes policées, elle sait ce qu’il faut faire quand beaucoup de personne ne savent pas comment s’y prendre s’il s’agit d’un cas d’urgence.
l’importance cruciale des accoucheuses traditionnelles à l’ère moderne (témoignage)

Dans le monde actuel, avec l’avènement de la civilisation, cet emblème des naissances d’autrefois s’amenuise considérablement. Néanmoins, c’est quand elles se font rares qu’on se rend compte à quel point elles sont indispensables.
Sheila témoigne : « Une cousine de mon mari était descendue dans la capitale pour bénéficier de soins médicaux lors de l’accouchement. Cela faisait quelques jours qu’elle était chez nous. Mon mari était à l’intérieur du pays. »
Cette nuit-là, novice et d’esprit candide, je lui ai proposé qu’on aille à l’hôpital pour y attendre. Elle venait de faire un léger malaise. Elle m’a dit que ça allait et qu’elle me réveillerait si quelque chose ne tournait pas rond. j’avais la trouille que je sois bien à la brèche si ça empirait. »
Sheila nous a dit qu’elle ne croyais pas ses yeux après un moment, quand elle s’est cogné sur la silhouete de sa cousine avec un bébé en ses mains.
« Je l’ai trouvée au seuil de la maison, le regard dans le brouillard, le visage inexpressif, avec le bébé pleurant entre ses mains, le cordon ombilical pendant dans les airs, toujours relié aux deux corps, dans tout ce liquide et tout le placenta gisant sur le sol.
L’entourage était aux anges en un sommeil profond, j’ai appelé une voisine qui a paniqué à son tour, ne sachant pas quoi faire. Après un moment, on est parvenues à appeler un taxi pour aller à l’hôpital. Je me dis toujours que s’il y avait eu une de ces sages-femmes locales dans l’entourage, tout le monde aurait couru vers elle » parachève Sheila.
Toutes les femmes n’ont pas la chance d’atteindre les hôpitaux où sont dispensés les meilleurs soins. Certains burundais pensent que si les sages-femmes traditionnelles pouvaient travailler main dans la main avec la médecine moderne, le monde ne s’en porterait que mieux.
L’art d’accoucher au Burundi ancien à travers l’histoire de Mbonihana Espérance

Bien que les complications néonatales s’accroissent généralement avec le manque de suivi de grossesse, avant, pendant ou après l’accouchement. Le Burundi avait naguère des sages-femmes locales qui s’occupaient chacune de son voisinage. Elles n’étaient pas instruites et n’avaient pas de moyens professionnels à leurs disposition, mais elles bénéficiaient de méthodes locales qui s’avéraient utiles en cas de besoin.
Samuel NIBIMPA nous confie avec émotion que sa mère, la nommée Mbonihana Espérence était une « umwakirizi », une sage-femme traditionnelle. Elle passait de longues nuits blanches à courir le voisinage, arpentant sans relâche chacune des collines environnantes pour secourir les futures mamans.
Porté par une voix chargée d’un humour si contagieux qu’il aurait fait rire des pierres, il nous dit: « Chez nous, nous sommes neuf frères et sœurs. L’un de mes oncles a onze enfants, un deuxième en compte dix, et un troisième en a huit. Un jour, en faisant les comptes avec mes cousins, nous sommes tombés sur un constat incroyable. De toute cette immense lignée, un seul et unique enfant n’a pas été accueilli à son premier souffle par les mains de ma mère. »
Intrigués, nous avons voulu comprendre comment sa mère(Mbonihana Espérence) avait été initiée à ces techniques obstétricales ancestrales, à une époque où la médecine moderne n’avait pas encore tracé son chemin à travers les provinces burundaises. Samuel nous a alors révélé que ces précieux secrets lui venaient de sa propre mère, la grand-mère de Samuel.
« Ma grand-mère a transmis ce savoir-faire à ma mère, qui l’a ensuite mis en pratique tout au long de sa vie » Explique-t-il, l’œil brillant.
« Mais il y a un détail que je dois absolument vous confier. Pour chacun de mes huit frères et sœurs, ainsi que pour moi-même, notre mère a pratiqué l’auto-accouchement. Elle nous a tous mis au monde absolument seule, par la seule force de ses mains et de son courage. » Enjolive Samuel
Au-delà de ses anecdotes teintées d’humour, on a quand meme bien capter un fait marquant: sa maman ne le faisait pas seulement dans le voisinage proche, mais plutôt sur toute une colline faite de huit sous-collines. On captera aussi dans la foulée qu’elle possédait des aptitudes à repérer une grossesse toute nouvelle (deux mois environ) en regardant simplement le cou ou les pieds, plus précisément la cheville.
« Des jeunes filles avec des grossesses non désirées lui passaient de très loin, de peur qu’elle découvre leur secret et les exposées. » Ajoute Samuel. (Notons ici que dans la culture burundaise, des grossesses hors mariage sont prises comme un sacrilège)
Transmission des compétences de sage-femme face à la modernité

les compétences de sage-femme d’autres fois se transmettaient au sein du cercle familial, de mère en fille. Cependant, la mère de Samuel a été confrontée à un problème de succession. Ayant une descendance majoritairement masculine et des filles parties poursuivre des études supérieures, la transmission de son savoir était compromise. « Elle plaisantait parfois en disant que, faute de choix, elle finirait par former ses fils », s’amuse Samuel.
Autrefois, la plupart des sages-femmes du Burundi n’agissaient pas pour obtenir un salaire, mais par pur altruisme. Ce dévouement prenait sa source au cœur même de la culture burundaise, guidé par la valeur sacrée de l’entraide.
Mbonihana Espérance n’avait elle aussi d’autre but que d’aider son prochain. Cependant, touchés par sa bienveillance, les parents revenaient parfois vers elle plusieurs mois après la naissance, pour lui exprimer leur profonde gratitude. Ils lui offraient de magnifiques pagnes, des vivres ou d’autres présents. Rien de tout cela n’était exigé, ces gestes de reconnaissance venaient du plus profond du cœur.
Avec l’avènement de la médecine moderne, le métier de sage-femme traditionnelle s’amenuise peu à peu. Non pas qu’il soit devenu indésirable, mais parce que le réflexe premier est désormais de se tourner vers l’hôpital pour donner la vie. C’est une heureuse évolution. Pourtant, cela n’enlève rien à l’immense valeur d’avoir, tout près de soi, une main bienveillante et experte, capable de gérer la situation lorsque l’accouchement survient à l’improviste comme dans le cas de Sheila.
Si les progrès médicaux ont amené Mbonihana Espérance à cesser ses activités régulières, son expertise reste sollicitée. Elle continue d’intervenir bénévolement pour administrer les premiers soins d’urgence avant le transfert des patientes vers les structures hospitalières. Preuve de la reconnaissance de ses compétences, elle sert aujourd’hui encore de consultante pour le personnel infirmier moderne, qui n’hésite pas à s’appuyer sur son expérience de terrain.
Les temps modernes rompent peu à peu le fil de cette transmission ancestrale, et le savoir-faire des anciennes sages-femmes ne se transmet plus de génération en génération. L’avènement des soins de santé spécialisés pousse la nouvelle génération à se détourner de cet héritage, le jugeant désormais obsolète.
