Ce 10 septembre 2026, l’association des psychologues burundais CPL Mpore( Carrefour des Psychologues Lumière Mpore), en collaboration avec l’organisation épiscopale CELFV(Commission Episcopale pour les Laïc, la Famille et la défense de la Vie), a organisé une conférence sur la santé mentale en situation de crise, tout en abordant les moyens de se reconstruire (la résilience) lorsque l’on est confronté à des troubles psychologiques.
Cette discussion, intitulée par ces experts « La santé mentale en période de crise : se reconstruire après des catastrophes soudaines », a également reçu le soutien de l’association Umunyinya, célèbre pour ses pièces de théâtre et autres représentations culturelles. À cette occasion, le moderateur qui de l’association Umunyinya a expliqué leur engagement dans cette initiative, soulignant qu’ils ont l’habitude de produire des spectacles axés sur la santé mentale à travers le concept de « théâtre de sensibilisation communautaire sur la santé mentale ».
Quel lien y a-t-il entre les catastrophes et la santé mentale ?

L’abbé Savin NDEREYIMANA a ouvert les activités en rappelant d’abord que notre corps a des limites. Il a souligné que face aux drames de la vie, l’être humain peut être profondément traumatisé. Selon lui, c’est précisément la volonté de protéger la vie qui les a rassemblés afin de sensibiliser le public aux facteurs qui ébranlent la santé mentale, à leurs causes et à leurs multiples conséquences. L’abbé a conclu son introduction par cette question : « Un être humain peut-il se reconstruire après avoir traversé une crise ? »
Elisée NIMUBONA, représentant de l’association Umunyinya et maître de cérémonie, a ensuite introduit le débat avec une autre question : « Comment pouvons-nous comprendre la santé mentale ? »
Christophe Armel ARAKAZANDORUWANKA, l’un des psychologues experts présents, y a répondu. Il a d’abord défini ce que c’est une crise traumatique (amakuba). Il a précisé que si les difficultés font partie du quotidien, les catastrophes, elles, sont beaucoup plus lourdes. Elles s’inscrivent souvent dans la durée et dépassent les capacités habituelles qu’une personne utilise normalement pour résoudre ses problèmes.
Armel a ajouté concernant le lien entre les catastrophe(calamités) et la santé mentale que lorsque les problèmes s’accumulent, la capacité d’adaptation de l’individu est submergée, ce qui finit par détériorer gravement sa santé mentale au fil du temps.

L’abbé Savin a expliqué que les calamités ou crises sont des événements qui surviennent dans nos vies avec une force qui dépasse les ressources dont dispose une personne pour y faire face. Il a ensuite donné l’exemple de l’explosion de munitions survenue dans la ville de Bujumbura, en disant : « Les maisons fragiles ont tremblé et certaines se sont effondrées, tandis que celles qui étaient solides et dotées de fondations solides sont restées fermes. » Il a poursuivi en expliquant qu’il en va de même pour la vie humaine, il arrive parfois que la force intérieure d’une personne ne soit pas de taille face à la catastrophe qui la frappe, et c’est là que l’on parle de crise ou que l’état de la santé mentale se fragilise.
Le psychologue Eric BAJINAMA a expliqué que l’être humain possède naturellement des hormones qui permettent au cerveau de rester calme. Cependant, lorsqu’un choc soudain survient, comme l’éclatement d’un pneu de voiture, ces hormones s’activent pour envoyer un message d’alerte au cerveau et au corps afin de se protéger. À ce moment-là, la personne adopte un comportement inhabituel (qui ne ressemble pas à celui d’une personne calme), mais ce comportement reste tout à fait compréhensible. En revanche, lors de crises majeures comme les incendies qui ont frappé les commerçants dans les marchés au Burundi, ces derniers souffraient probablement déjà d’autres problèmes qu’ils parvenaient à ignorer, mais lorsque la perte de leurs marchandises s’y est ajoutée, ils ont été totalement submergés.
L’expert Eric précise qu’à ce moment-là, les hormones commencent à fonctionner de manière chaotique. C’est ce qui explique pourquoi on voit une personne s’agiter ou se comporter de façon confuse. Si cette situation se prolonge, sa santé s’en trouve gravement menacée.
Comment fonctionne la reconstruction (la résilience) lorsque l’on souffre de troubles de la santé mentale ?

Pour se reconstruire, ces experts ont expliqué qu’il faut d’abord aider la personne à accepter ce qui s’est passé. Les psychologues précisent que ceux qui vous reçoivent doivent vous écouter et vous aider à mettre des mots (ce qu’Armel appel « mettre les mots sur les maux ») sur la crise que vous avez traversée. Ils soulignent que l’écoute d’une personne victime de tels traumatismes est l’un des piliers les plus importants.
Le psychologue Armel ARAKAZANDORUWANKA affirme que la reconstruction commence d’abord par une prise de conscience du problème, suivie de la phase de deuil qui consiste à accepter la réalité de ce qui s’est produit, une fois que la personne a fini de crier ou de pleurer. Une fois ce deuil entamé, Armel explique que c’est là que l’on retrouve la force de commencer à se reconstruire.
Les piliers qui favorisent la reconstruction
Armel mentionne que l’étape suivante de la reconstruction consiste à identifier les piliers sur lesquels une personne peut s’appuyer. Selon lui, ces piliers de soutien sont :Les capacités de la personne en matière de santé, Les ressources (moyens disponibles), Les amis (l’entourage), Les passions (ce que la personne aime faire) L’estime de soi.
Comment peut-on aider une personne à se reconstruire ou comment s’y prendre ?

BAJINAMA Eric(psychologue)
L’abbé Savin a fait savoir à l’auditoire que la première chose dont a besoin une personne confrontée à ces difficultés est de trouver un espace pour exprimer sa douleur, un endroit où raconter ce qui lui est arrivé, et de trouver quelqu’un qui l’écoute sans la juger. L’abbé affirme que la parole est le premier remède pour une victime de crise.
Selon l’abbé, cette libération de la parole permet à la personne de dépasser ce qu’elle a vécu et de réaliser que son traumatisme est une réalité et non un cauchemar. C’est ce qu’ils appellent le processus de deuil. Si la personne n’a pas l’occasion de vivre ce deuil, la souffrance finit par resurgir plus tard et détruire sa santé mentale.
L’abbé conclut en disant qu’une personne touchée par une crise a besoin de trouver un espace pour revisiter son passé, raconter son histoire, et bénéficier d’une oreille attentive et bienveillante, exempte de tout jugement.
