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Une petite balade avec Divin dans le mannequinat burundais

Dans un moment suspendu, vibrant de chaleur et débordant d’énergie, nous avons décortiqué l’univers de la mode burundaise aux côtés d’un jeune talent.

Divin Dushime est un artiste dont la passion dévorante et l’acharnement pour le mannequinat renverseraient des montagnes.
« Je m’appelle Divin Dushime et ma vie est un véritable tourbillon. Je fais énormément de choses à la fois : je suis étudiant, je fais partie d’une agence de mode, et je travaille aussi comme photographe au sein de Siblings Studio. Voilà mon quotidien ! », nous confie-t-il avec une ferveur qui pourrait enflammer toute la pièce, juste avant d’entrer dans le vif du sujet.

Comment Divin s’est-il immiscé dans un art si méconnu dans son pays ?

L’histoire du mannequinat commence avec la tendance des clichés photos, à 15 ans. Il aimait se faire prendre en photo, comme la plupart de sa génération, d’ailleurs. C’est alors que l’oeil analytique et perspicace d’un grand frère qui voyais ses photos decide d’intervenir.

« Il m’a dit que je pouvais le faire au paravant je ne voyais pas clairement ce que c’était le mannequinat »

Divin sera convaincu le jour de fraternisation à son école avec un programme varié et la mode qui n’a pas manqué à l’appel. C’était un spectacle inédit pour lui.
Plongé au cœur de cet univers de paillettes et d’élégance, Divin a savouré chaque seconde de ce spectacle magnétique. Ce fut pour lui une illumination, un de ces instants suspendus où le mannequinat n’était plus un simple divertissement, mais une évidence. Submergé par une vague d’inspiration, le jeune homme a pris la décision de sa vie : il sera, lui aussi, le roi des podiums.

Face à ce choc visuel, une question a immédiatement martelé l’esprit du jeune homme. « Je me suis demandé : « Est-ce que c’était ça ? » », confie Divin, encore vibrant de cette révélation.

Trouvant instantanément sa place dans cet univers, il a laissé son instinct le guider : « Je me suis senti à l’aise avec les performances et j’ai commencé à faire des recherches à ce propos. » Refusant de laisser s’éteindre cette flamme, il s’est alors lancé dans une quête obsessionnelle, bien décidé à percer les mystères de la mode. « J’essayais de chercher des gens qui sont dans ce monde du mannequinat », explique-t-il.

Remuant ciel et terre pour tisser son réseau, le rêve a rapidement brisé la frontière de la fiction pour devenir un plan de bataille concret : « Et puis, j’ai commencé les castings. J’en ai même fait beaucoup où ils ne m’ont pas choisie, jusqu’à en trouver un qui me convienne. Ensuite, j’ai continué avec une agence grâce à laquelle j’ai évolué. » C’est dans cette agence qu’il fera une entrée fracassante, par laquelle il prendra d’assaut son propre destin.

Photo de Divin credit: ©Isanamu Creative

La mode un art qui tente encore de se frayer un chemin sur la terre burundaise

Sur la délicate question de la perception de la mode par la société burundaise, Divin ne mâche pas ses mots : « Au Burundi, la mode est une terre totalement inconnue, et les rares personnes qui s’y aventurent en massacrent les règles à chaque tentative. »

Pourtant, au milieu de ce désert, le jeune homme bénéficie d’une oasis de bienveillance.
À la question du magazine : « Est-ce que tes amis et ta famille accueillent bien ta passion pour la mode ? »
Divin répond avec reconnaissance : « Oui, ils me comprennent parfaitement. Mieux encore, ils m’encouragent et me soutiennent de tout leur cœur. »

Son inspiration primordiale, il la puise chez des figures qui font briller les projecteurs comme Jordy Jeff Cubahiro, un compatriote burundais qui fait rayonner son talent à l’étranger, et Alton Mason, le célèbre mannequin, danseur et acteur américain.

Au fil de cet entretien captivant, le mannequin met en lumière un handicap qui sépare le Burundi du reste du monde. Selon lui, la mode à l’étranger est une véritable machine de guerre économique. C’est un métier reconnu par l’État, soumis à l’impôt, ce qui amène tout le monde à le respecter. Au Burundi, en revanche, elle reste un grain de poussière insignifiant aux yeux de la société.

Photo de Divin credit: ©Isanamu Creative

Des défis de part et d’autre pour faire avancer la mode burundaise

Le passionné de mode confie enfin que son parcours est un parcours du combattant semé d’un million d’obstacles. Au Burundi, l’industrie est encore à l’état de squelette. « On ne reçoit presque aucun engagement, qu’il s’agisse de défilés ou de séances photos. Et comme l’industrie n’évolue pas, les contrats que nous décrochons nous paient en miettes de pain », conclut-il.

Pour survivre dans ce milieu au Burundi, Divin révèle que les mannequins doivent multiplier les casquettes. Les revenus proviennent principalement de trois sources : les défilés, les séances photos, ou encore les apparitions comme figurant dans des clips vidéo.
Malgré ces problèmes subsistant dans cette industrie et la précarité des moyens nécessaires actuels, le jeune homme refuse de baisser les bras.. Nourri par sa passion, il garde l’espoir fou de marquer l’histoire de la mode de son empreinte indélébile dans les années à venir.

« Je suis un optimiste éternel. Je crois fermement que le travail acharné n’est jamais vain. Dans ma tête, je foule déjà le podium des plus grands défilés de la planète », confie Divin avec un regard tourné vers l’avenir.

Le point culminant de sa jeune carrière au Burundi reste sa participation mémorable à la Tanganyika Fashion Week. Ce jour-là, sa vie a basculé. « Ils avaient organisé des Fashion Awards et ont décerné des prix. J’ai eu la chance immense d’être sacré meilleur mannequin masculin de l’événement. Ce trophée a été l’étincelle qui a rallumé mon moteur. J’ai compris à ce moment-là que mes efforts ne s’évaporaient pas dans le vide », ajoute-t-il, des étoiles encore plein les yeux.

À la question cruciale : « Que faut-il pour devenir mannequin ? », Divin répond avec une clarté désarmante. Pour lui, la clé ne se trouve pas d’abord dans le physique, mais dans le cœur : « Avant tout, il faut vouloir ce métier dans la peau et s’armer d’un courage d’acier. Il faut une force immense pour progresser au Burundi, un pays où la mode subit encore le mépris général. Ensuite, bien sûr, il y a des critères physiques, mais je reste convaincu que tout le monde peut faire du mannequinat. Il suffit simplement de trouver sa propre catégorie. »

Pour éclairer les lecteurs, le passionné dresse une cartographie de cet univers en se focalisant sur les deux piliers du milieu. D’un côté, le mannequinat Haute Couture, une forteresse aux règles d’une sévérité absolue : il exige une taille immense, une silhouette filiforme et un visage atypique. De l’autre, le mannequinat Commercial, qui demande de véritables caméléons capables de jouer la comédie et de décrocher la Lune avec un simple sourire(acteur). « Mais la mode ne s’arrête pas là. Il existe aussi le mannequinat « détail », où l’on braque les objectifs uniquement sur des fragments du corps comme les doigts ou les orteils, ou encore le mannequinat lingerie », conclut Divin.

Photo de Divin credit: ©Isanamu Creative

Un conseil pour des jeune non créatif

Le visage illuminé par une détermination farouche, le regard flamboyant d’énergie, le passionné de mode lance un appel vibrant à la jeunesse. Pour lui, il est hors de question de plier sous le poids des jugements de ceux qui ne comprennent pas cette vocation. « Je leur conseille de briser leurs chaînes et de foncer vers le métier de leurs rêves. Il faut fermer ses oreilles aux millions de critiques qui nous entourent, travailler d’arrache-pied, et laisser les résultats parler d’eux-mêmes », martèle Divin avec force.

Pour clore cet entretien, le magazine a interrogé le mannequin sur la présence de son art au-delà des frontières de la capitale. Divin révèle que la flamme de la mode ne brûle pas qu’à Bujumbura, elle scintille aussi à l’intérieur du pays. « À Gitega, on me rapporte souvent qu’il existe des agences, mais elles sont encore au berceau et n’organisent qu’un ou deux défilés par an. En revanche, la province de Cibitoke est la véritable surprise. Je dirais même qu’elle talonne Bujumbura. C’est un nid de mannequins qui créent des événements dans l’ombre. Leurs échos n’arrivent que par vagues dans mes oreilles, mais ils font un travail titanesque », renchérit Divin.

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