Dans l’événement culturel « Rinjora », qui est en train de se faire un nom dans la capitale Bujumbura, le prénom de Mathilde revient souvent, surtout au moment des devinettes traditionnelles
Le rituel des veillées burundaises d’autrefois
Avant d’entrer dans le vif du sujet avec Mathilde, qui a répondu à nos questions, voyons comment se déroulaient ces devinettes au Burundi, avec « Sokwe » un mot pour amorcer le jeu et « Niruze » pour accepter l’invitation.
Les soirées dans la famille du Burundi d’autres fois, étaient embellies par la présence de toute la famille, tout d’abord assise tout autour d’une marmite posée au-dessus de trois grandes pierres qui servaient pour cuisiner (cuisine locale), et dont la cuisson se faisait au feu de bois (inkwi) brûlé sous cette marmite.
Dans une pénombre éclaircie par les étoiles, l’amour et la lueur du feu de cette cuisson, surgissaient : des fables, des discussions à la burundaise, des rires noyés dans des contes aux fins intimidantes ou heureuses, ainsi que des poèmes burundais connus sous les appellations d' »amazina » et d' »ibicuba », qu’on chantait souvent pour les vaches, un animal d’une importance capitale dans le Burundi ancien.
De toute cette fumée de faits pour embellir la soirée en attendant que le repas soit prêt, il existait un moment tant chéri par de nombreux Burundais : les fameux « Ibisokozo », qui sont des devinettes burundaises qui ne manquaient jamais à l’appel dans ces soirées.
On lançait une devinette à tout le monde en commençant par un mot d’ouverture « Sokwe » qui précède la devinette et toute personne qui se sent dans le jeu repondra « Niruze » et écoutait la devinette sur laquelle elle répliquera à son tour si elle a la réponse bien sûr, mais au cas contraire on répond « Ndaguhaye » pour indiquer qu’on n’a pas de réponses adéquates afin d’attendre la bonne réponse venant du lanceur de la devinnette ou d’une autre personne à côté qui sait relever ce défi
Paroles de passionnée : Entretien avec Mathilde Niyitunga

C’est ce jeu culturel qui fera que Mathilde soit très connue dans Rinjora parce qu’elle connaît beaucoup de devinettes de la culture burundaise. Dans une interview avec elle, on a pu connaître beaucoup d’elle.
À notre question de savoir si elle aimait la culture burundaise au point d’être toujours présente à l’événement Rinjora, initié par la société Gisabo Tours, Mathilde répond avec enthousiasme : « Oui, j’aime beaucoup la culture burundaise, c’est la raison pour laquelle je ne m’absente jamais dans Rinjora. » Elle poursuit en nous expliquant que, même lorsqu’elle est très occupée, elle refuse de manquer ce rendez-vous, surtout quand elle pense aux devinettes dont elle est la championne indiscutable. « Un jour, j’ai même reporté un voyage à l’intérieur du pays parce que la date coïncidait avec celle de Rinjora », nous confie-t-elle.
Égayé par la vivacité de ses réponses, on avait envie d’en savoir plus sur elle, et surtout sur son amour pour la culture. Elle nous a raconté comment elle était tombée amoureuse de la culture, tout simplement parce que c’est à travers elle que l’on peut retrouver les traces de ce que vivaient nos ancêtres. « C’est seulement dans la culture que je peux effleurer la vie de nos ancêtres », conclut elle.
Avez-vous appris ces devinettes auprès de vos parents ou en côtoyant des adultes qui les maîtrisaient ? » demandons-nous à Mathilde.
Sa réponse nous a un peu étonnés, tant elle aime cette tradition au point de retenir chaque devinette qui arrive à ses oreilles : « J’apprends ces devinettes auprès des passants et je les mélange avec celles de mon enfance. Je retiens aussi celles que les gens utilisent dans Rinjora pour enrichir mon répertoire », répond-elle avec vivacité.
Mathilde nous a expliqué que, selon la tradition burundaise, le moment adéquat pour les devinettes était la nuit, lorsque les familles attendaient que le repas soit prêt. Elle ajoute que c’est d’ailleurs son moment préféré, car ces devinettes (ibisokozo) favorisent une forme d’échange qui demande de faire preuve d’une vivacité intellectuelle particulière.

Les « Ibisokozo » constituent la partie la plus excitante et la plus attendue de Rinjora. À ce moment-là, Mathilde est très sollicitée aux côtés de Samuel, un monsieur issu de l’une des associations organisatrices de l’événement, qui forme souvent un duo prometteur avec elle. Leurs prénoms restent sur toutes les lèvres, le modérateur et les spectateurs réclamant un affrontement de devinettes entre eux deux. À notre question de savoir si Samuel s’était initié au jeu à ses côtés, elle nous a répondu : « Moi, je ne sais pas où il a appris cela. Je l’ai rencontré là-bas, tout simplement, et de mon côté, j’apprends beaucoup plus lorsque je participe à cet événement. »
« Lance-nous deux Ibisokozo à la volée et donne-nous leurs réponses », lui demande-t-on subitement. Après s’être accordé un court moment de réflexion, elle intervient :
« Sokwe ! Karahara mu ruganda ntibacura ! »
Elle répond elle-même : « Inyundo. »
« Sokwe! Abana banje barangana bose! » une réponse lui vient d’une façon tactique « Ifundi »
« Sokwe ! Abana banje barangana bose ! »
Une réponse lui vient alors de façon tactique : « Ifundi. »
La première devinette se traduit par: « Il manque dans une forge, et l’on ne peut plus forger » avec une réponse comme « le marteau » La deuxième s’énonce ainsi: » Mes anfants sont tous de même tailles » ce à quoi l’on repond « Ifundi » qui désigne de tout petits oiseaux de taille identique.

Et concernant la marmite, toujours présente lors de cet événement pour recréer fidèlement l’ambiance des veillées d’autrefois, et qui est aussi souvent controler par Mathilde pour voir son évolution, elle nous confie qu’elle aime préparer les repas burundais surtout à l’ancienne « Dans ces moment là, je suis hypnotisée par cette cuisson car j’aime le faire. De plus, la patate douce est l’un de mes aliments préférés » elle nous répond et inclu la patate douce parce qu’elle est souvent sur le menu de l’événement surtout pendant le moment de la cuisson
« Que dirais tu aux Burundais qui ne connaissent pas la culture burundaise alors qu’ils sont burundais? » Dernière question du Magazine
Après un sourire attendrissant face à cette question, elle nous confie qu’elle aimerait dire à ces Burundais qu’ils passent à côté de quelque chose d’immense, car la culture bâtit le monde à venir. Elle ajoute qu’un enfant qui participe à un événement comme Rinjora devient totalement différent de celui qui reste à la maison.
