Le 20 février 2026 s’est tenue dans les enceintes de l’Université du Lac Tanganyika à Bujumbura une conférence-débat à l’initiative des membres de l’Association Burundaise des Etudiants en Médecine (ABEM) sur le sujet: « Le silence autour de la sexualité protège-t-il les valeurs sociales ou compromet-il la santé et l’éducation des jeunes? » Ce débat a vu la participation des étudiants de cette université. Ils ont débattu à bras le corps dans une ambiance enthousiasmée pour défendre leurs différents points de vue. Ces étudiants n’ont pas manqué d’interpeller les jeunes, garçons et filles, sans oublier les parents, sur leurs responsabilités quant à la connaissance des enjeux de la santé sexuelle.
L’équipe « pour » la promotion du silence sur la sexualité (donc en faveur de la sauvegarde du tabou) a donné les arguments qui prouvent le besoin de garder les valeurs traditionnelles pour éviter la détérioration des mœurs ancestrales. Ces preuves sont notamment : la protection de la culture, la préservation de l’identité familiale, la prévention des mœurs légères, le respect de l’intimité sexuelle et la non-prolifération des grossesses non désirées. Pour un encadrement respectueux des valeurs culturelles, ils défendent la patience et la prudence pour évoquer les sujets en rapport avec la sexualité au temps opportun qui est la période des fiançailles. En effet, culturellement parlant, le moment propice pour faire l’éducation sexuelle est la veille du mariage proprement dit. Le
garçon la reçoit de son oncle maternel tandis que la fille la reçoit de sa tante paternelle. C’est d’ailleurs ainsi qu’est née la tradition de « kuvyaruzanya ». Le fait d’attendre le moment du mariage pour parler de sexualité aux jeunes les aide à avoir la patience requise pour ne pas tomber dans la tentation de vivre des expériences sexuelles précoces. Le déshonneur familial que causent les grossesses précoces permet de préserver la valeur de virginité féminine jusqu’au mariage.
Sauf que cela n’a jamais fait l’unanimité dans la société burundaise et les jeunes femmes ont souvent subi la loi de l' »igisumanyenzi ». Elles respectaient la loi en vigueur qui était une atteinte à la vie humaine puisqu’on les tuait au motif qu’elles ont conçu hors mariage. L’interdit concernant les rapports sexuels hors
mariage a maintenu le taux de grossesses précoces à un niveau bas, d’où il faut maintenir la désinformation sur la santé sexuelle et reproductive aux jeunes.
L’équipe « contre » le silence et tabou des sujets sexuels au sein de la communauté jeune a quant à elle prôné la nécessité de l’information et l’éducation sexuelle depuis la puberté. Chiffres à l’appui, les tenants de cette position ont démontré que comme les risques de grossesse précoce s’intensifient du jour au jour, il faut permettre l’accès à l’information aux jeunes gens, sans se cacher derrière les tabous de la société. Les jeunes doivent prendre conscience dès le départ des risques et conséquences de se lancer dans les relations sexuelles avant l’officialisation d’un mariage. Cette prise de conscience n’est possible qu’à travers
une éducation sexuelle bien organisée. Les arguments présentés sont notamment: l’inutilité croissante de garder des valeurs d’un autre temps (autre temps autres mœurs), les informations biaisées issues de sources non officielles (par exemple ligalas), la prolifération de messages à caractère sexuel sur les écrans de publicité; tout cela rend inefficace le silence prôné par les partisans de la tradition.
Ils ont en outre souligner l’impact des relations sexuelles chez les jeunes quant à la montée vertigineuse des cas de maladies sexuellement transmissibles.
Somme toute, si les jeunes ne reçoivent pas l’éducation sexuelle dont ils ont besoin, ils courent plus le risque de porter atteinte à l’honneur familial que s’ils restent ignorants des dangers potentiels. Ils concluent par une question pertinente:
« Le respect de la tradition doit-il primer sur la sécurité et la santé des adolescents? »
