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L’incendie ayant frappé l’ex-marché central de Bujumbura a laissé 5 000 commerçants au bord du chaos

Alors que 13 ans se sont écoulés avec beaucoup d’espoir de sa réhabilitation, les victimes de l’incendie ayant ravagé les marchandises et les locaux de l’ex-marché central de Bujumbura demeurent dans une situation précaire. Des tentatives de réhabilitation ont été évoquées, mais leur mise en œuvre reste au stade des annonces.

Parmi les 5 000 commerçants, 3 500 exerçant dans ce marché ont perdu leur emploi ainsi que leurs marchandises. Alexis Nimubona, porte-parole de l’Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversations Économiques (OLUCOME), l’a indiqué lors d’une conférence de presse du 27 janvier 2026 à Bujumbura, dédiée à la commémoration du 13ᵉ anniversaire de cette tragédie survenue à l’aube du 27 janvier 2013.

De la maladie mentale et du retour dans les collines de provenance

L’OLUCOME explique que la majorité des commerçants de l’ex-marché central de Bujumbura sont devenus mentalement malades, tandis que d’autres sont retournés, les mains et les poches vides, dans leurs collines natales à la suite de ce fléau.

Comment cela s’est-il passé ?

C’était à l’aube du 27 janvier 2013, le jour où de grosses flammes et une épaisse fumée issues de l’incendie se sont manifestées au-dessus de l’ex-marché central de Bujumbura, la capitale économique. Il s’agissait d’un feu qui a détruit les produits entreposés dans ce marché central, un événement vécu comme une véritable pandémie nationale, tant ce marché était considéré comme le poumon de l’économie du pays. Sa disparition a provoqué la perte d’emplois pour 5 000 commerçants, comme l’a confirmé la coalition COSYBU, regroupant les associations syndicales du Burundi.

La construction du marché de COTEBU, un remède qui ne répond pas aux attentes

Le gouvernement du Burundi a procédé à la construction d’un nouveau marché dans la localité de la zone Ngagara, commune Ntahangwa, mais ce dernier n’a jamais été rentable, même après 12 ans, comme l’a confirmé un communiqué de presse de l’OLUCOME. L’Observatoire affirme que ce marché a été mal construit.

C’est en octobre 2024 que les activités de balayage de l’ex-marché ont enfin commencé, après 11 ans sans aucune action. L’OLUCOME a signalé que le non-balayage de ce site pourrait provoquer de graves conséquences sur l’environnement et la santé des personnes exerçant autour de la localité.

Depuis 2014, certaines sociétés ont demandé à construire le marché, mais en vain.

La société Cino-Afrique a introduit une demande en 2014, suivie par l’Association des Banques et des Établissements Financiers (ABEF) en 2017-2018. Concernant la première association, l’OLUCOME affirme qu’elle avait même des preuves à l’appui qu’elle appartenait à une haute autorité burundaise qui était ambassadeur du Burundi en Chine par l’intermédiaire de son épouse chinoise, mais disposait de moyens financiers insuffisants pour honorer l’engagement.

Ubaka Nation Group confié à la réhabilitation de l’ex-marché

En 2024, le gouvernement du Burundi a conclu des accords avec Ubaka Nation Group pour la réhabilitation de l’ex-marché. Toutefois, selon l’OLUCOME, cette société ne disposait pas des moyens nécessaires pour mener à bien cette activité. Entre-temps, une somme de cinq milliards de francs burundais a été collectée auprès de la population par cette société de construction pour la réhabilitation du marché. Cette somme a été présentée comme des actions de la population, alors que la société a indiqué que les activités de balayage ont coûté deux milliards, ce avec quoi l’OLUCOME n’est pas d’accord et demande un audit indépendant pour vérification.

En date du 24 décembre 2025, Alain Ndikumana, ministre des Finances, a indiqué que le projet de reconstruction de l’ex-marché central de Bujumbura allait reprendre avec un montant de 20 milliards de francs burundais d’investissement de l’État. Il a précisé que la société Ubaka Nation Group n’est plus à la tête des activités, mais qu’un consortium issu d’un partenariat public-privé est désormais en charge du projet.

L’OLUCOME salue cette volonté de l’État, mais s’inquiète du faible montant engagé, car les études montrent qu’une somme de 500 milliards de francs burundais est vivement recommandée pour cette réhabilitation. L’Observatoire doute également des promesses qui ne se concrétisent pas, rappelant que des engagements similaires ont été faits depuis 13 ans. Il demande la mobilisation d’un financement suffisant de la part du gouvernement pour la reconstruction.

Un manque à gagner équivalant à 20 % du PIB, causé par la disparition de l’ex-marché central de Bujumbura, est enregistré depuis 13 ans, selon les études du feu Donatien Bihute, expert économiste, tel que signalé par l’OLUCOME. Il s’étonne que cet incendie n’ait pas servi de leçon pour la construction des autres marchés. Selon cette société civile, aucune mesure n’a été prise pour protéger les autres marchés, malgré la multiplication des incendies à travers le pays.

L’Observatoire appelle le gouvernement à exiger des allées accessibles aux véhicules anti-incendie ainsi que la disponibilité d’extincteurs dans tous les marchés, des exigences qui n’ont pas été respectées lors des constructions. Concernant ces incendies qui ont plongé le pays dans des pertes considérables, l’OLUCOME exprime toujours sa volonté de connaître les raisons pour lesquelles aucune poursuite judiciaire n’est engagée afin d’identifier les causes et les auteurs de ces sinistres.

L’assurance de tous les marchés et la sensibilisation des commerçants à l’adhésion aux sociétés d’assurance figurent parmi les recommandations de l’OLUCOME. L’Observatoire demande également la disponibilité suffisante de véhicules anti-incendie, toujours prêts à intervenir, et que les commerçants victimes de cet incendie soient prioritaires dans l’attribution des stands ou échoppes.

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