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Pourquoi l’avortement est illégal au Burundi ?

Le Burundi est l’un des pays qui pénalisent encore l’avortement. Et contrairement à ce que promeut la nouvelle terminologie, l’acte de mettre fin à une grossesse déjà entamée est désigné par le concept « avortement » dans les textes juridiques burundais. Signalons qu’à notre époque, cet acte porte couramment le nom d' »interruption volontaire de grossesse » (IVG). Pour en faire un droit humain, il faut bien noter qu’il découle de la libre volonté de l’homme et éviter d’utiliser une notion trop moralisante qui a le sens de tuer. En effet, avorter signifie étymologiquement ne pas naître, contrer la vie, mourir en naissant.

Quels sont les motifs de l’interdiction d’avorter ?

La motivation majeure qui pousse le Burundi à refuser le droit à l’avortement pour les femmes enceintes est d’ordre socioculturel. La culture burundaise voit dans la capacité à donner la vie une grâce d’une valeur inestimable. C’est le rêve de chaque burundaise de pouvoir mettre au monde un enfant et c’est une grande fierté de faire de ce rêve une réalité. Ainsi la société burundaise attache une importance particulière à la procréation. En témoignent toutes les festivités qui accompagnent la venue au monde d’un nouveau-né. L’enfant est considéré comme une personne humaine dès sa conception et l’interruption de grossesse est qualifié d’homicide.

Une seconde raison résulte des traditions religieuses des burundais. Le Burundi est un peuple très religieux et la foi chrétienne structure le mode de pensée des habitants. La forte influence de l’Eglise catholique a pesé de tout son poids et sa doctrine en faveur de la sauvegarde de la vie dès la conception jusqu’à la mort naturelle constitue un point d’ancrage pour défendre la pénalisation de l’avortement. D’ailleurs, la première dame de la République du Burundi, Son Excellence Angeline Ndayishimiye, l’a rappelé au Congrès américain durant son voyage en septembre 2024 : « L’avortement est totalement illégal au Burundi, en raison de la première place que Dieu occupe dans le pays. »

Nous pouvons ajouter la stigmatisation sociale de ceux et celles qui ont pris la décision d’avorter. Les burundais voient d’un mauvais œil la pratique de l’avortement et il leur est difficile de croire en une décision libre et volontaire qui met fin au plus grand rêve d’une femme. D’où la seule exception en ce domaine est l’avortement thérapeutique qui protège la vie de la mère. Il faut toutefois noter que cette autorisation n’est légale que si la femme exprime librement son consentement. Pour le burundais lamda, « havyarimana », « harerimana », « hatungimana » (expressions signifiant respectivement que c’est dieu qui donne naissance, dieu qui assure la croissance, dieu qui maintient l’existence). Un tel rejet unanime dans les mœurs burundaises n’aide pas à faire évoluer les lois anti-avortement actuellement en vigueur.

Allons-nous vers une évolution prochaine suite aux revendications?

Peut-être, qui sait? Au niveau mondial, l’organisation Amnesty International plaide pour la dépénalisation de l’avortement. Au niveau local, des organisations telle que Solidarité des Femmes Burundaises pour le Bien-être Social et le Progrès au Burundi (SFBSP) continuent d’appeler le gouvernement à se doter d’outils juridiques visant à encourager les avortements médicalisés. Le recours à l’IVG dans un cadre légal permettrait selon elles de diminuer les risques liés aux avortements clandestins.

Les chiffres fournis par Amnesty International datant de 2022 révèlent que l’IVG est une décision assez courante. C’est 22 millions d’avortements dangereux qui sont pratiqués dans le monde chaque année et 39000 personnes qui en meurent également chaque année. Selon l’organisation internationale, presque tous ces décès auraient pu être évités. Alors mieux vaut donner l’accès aux soins médicaux adéquats pour avorter en cas de grossesse non désirée.

Mais ce n’est pas du tout la position de l’Etat burundais qui entend protéger les droits (spécialement à la vie et à la santé) non seulement de la mère mais aussi de l’embryon.

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